Publié le 9 Janvier 2015

Rédigé par Milija Belic

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Publié le 9 Janvier 2015

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Publié le 2 Janvier 2015

EXPOSITION CARREMENT                                 Espace Christiane Peugeot Paris 12-27 avril 2014

Texte de Fernand Fournier

Comme son titre le laisse entendre, les artistes réunis pour cette exposition ont en commun d’être géométriques et d’aimer à la folie la droite dont Balzac disait qu’elle est ce que voit l’œil lorsque, par une belle nuit d’été, il va d’une étoile à une autre. La droite a toujours été comprise comme un symbole du spirituel.

Avec les Fiborythm, Charles Bézie transforme la toile en un espace musical, qui s’ouvre sur des rythmes mathématiques qu’il a découverts en 2003 dans les virtualités infinies offertes par les suites Fibonacci. Ici nous ne sommes pas loin du nombre d’or. Les Fiborythm en sont les enfants. Le rythme reste toujours le même, tout en procurant visuellement l’impression d’une accélération qui semble pouvoir aller jusqu’à l’infini, s’il n’y avait les limites matérielles de la toile.

Chez Joël Besse, c’est le rythme qui s’est emparé de tout l’espace-plan des tableaux, et auquel font écho, pour peu qu’on oublie le monde, les chants de litanies sans fin psalmodiées. La répétition de la même structure produit ici un effet voisin de l’état d’hypnose. Avec elle, ces œuvres acquièrent le pouvoir de se transfigurer. Aux regards qui les interrogent, elles peuvent alors se donner comme image du rite toujours recommencé, ou, mieux encore, comme image d’un temps immobile, celui de l’éternité. C’est dire qu’une certaine spiritualité les enveloppe, d’une tonalité toute parménidienne, une spiritualité qui est désir d’échapper au devenir, et que la couleur porte avec bonheur à l’incandescence dans les blancheurs d’aube des surfaces monochromes.

Dans cet espace que Roger Bensasson travaille par la rupture et la discontinuité, quelques motifs récurrents, issus du carré, sont donnés à voir dans des mises en scène toujours nouvelles, tous et toutes puisés dans l’immense réservoir des possibles contenus dans la grille. Qu’ils soient proposés en creux, par incision du carton, en relief, ou simplement peints, ces motifs offrent à l’artiste, qui tient à les appeler « signes », l’occasion d’expérimenter dans une composition, non point tant des équilibres et des symétries mortifères que des dissonances. De là, semble-t-il, le recours insistant à une chorégraphie des obliques qui a pour fonction de créer des décalages et des instabilités. Bensasson a compris, en effet, que c’est la dissonance, logée au cœur d’une œuvre, qui permet à celle-ci de s’ouvrir sur la suivante et d’engendrer une série, la résolution de la dissonance, étant toujours différée.

C’est dans l’atelier du sculpteur Manfredi Quartana que Bogumila Strojna a pu expérimenter, ce qu’elle appelle « le mystère de l’incarnation », où la matière, selon ses propres lois permet de rendre visibles des entités qui ne devraient pas l’être. C’est par des décalages soigneusement calculés, que les figures géométriques comme le carré ou le cube, reçoivent des formes qui les éloignent de leurs formes classiques jusqu'à les rendre presque problématiques. Ce sont des êtres de cette sorte qui peuplent les sculptures de Strojna. On en retire une impression d’étrangeté et une légère inquiétude. Nous entrons alors dans un univers poétique, où les objets qu’elle construit ont pour caractéristique des formes à dérouter nos regards, même quand ces objets sont produits avec les matériaux les plus ordinaires.

La vie d’Orépük a été bouleversée par sa rencontre avec les œuvres de Malevitch et de Ad Reinhardt. Il veut montrer, par son œuvre, qu’il y a dans l’existence humaine aujourd’hui de profonds déséquilibres provoqués par l’univers rigide dans lequel nous vivons. Son projet est de les débusquer. C’est pourquoi, seul ce qui se passe sous la toile l’intéresse. Son art, il le nomme « art réductif », refusant l’appellation de minimalisme qui lui parait trompeuse. Il cherche dans une simplification extrême de l’œuvre à retrouver un monde authentique, en réduisant les moyens pour obtenir le maximum d’effets visuels. C’est pourquoi il s’en tient à une seule couleur « le jaune », couleur du soleil, de la vibration lumineuse, dont il tire des œuvres, toutes en aplats jaunes, qui se déclinent dans des formats divers, toutes de formes géométriques.

Milija Belic traduit en trois dimensions ses recherches plastiques en se fondant sur l’utilisation de modules de tailles différentes. Les sculptures sont souvent assemblées en colonnes qui, de ce fait, possèdent une puissance architecturale et ascensionnelle peu commune. Les modules sont encastrés les uns dans les autres, donnant parfois une légère impression d’agressivité, par la façon dont ils sont posés, étant souvent en échafaudages en saillies ce qui conduit à penser que l’œuvre veut se protéger contre elle-même. D’autres sculptures gardent la technique de l’encastrement, puisque les formes en U parfaitement géométriques, toutes de tailles différentes, se chevauchent de la taille la plus petite à la taille la plus grande. L’infini n’est pas loin.

Héritier des recherches formelles et conceptuelles du Bauhaus Mirko Lovric a travaillé sur des éclatements d’images, sur des découpages verticaux de photographies et sur la séparation de bandes. Le résultat de ses recherches a fait de lui un acteur du mouvement « Optical Art ». Il s’est intéressé ensuite aux photos de reflets numériques, traces de l’informatique qui se reflètent sur des boules de métal, d’abord en noir puis en couleurs avec des gris, des chiffres, des cartes perforées, qui font naître des villes décomposées, devenant abstraction géométrique dans la mouvance de Moholy-Nagy. C’est un visionnaire.

Les œuvres de Satoru Sato représentent toujours un état intérieur au-delà de l’espace et du temps. Elles exigent un effort de contemplation. L’espace vide, toujours très impressionnant dans la majeure partie de sa production, n’est ni la manifestation d’un pur néant, ni un simple blanc, mais la source de toute forme. C’est dans cet espace vierge que réside la dynamique agissante qui manifeste la plénitude de l’être, l’essence de l’existence. La peinture fait naitre dans le non-peint, le vide, parcouru des courants du cosmos, où naissent et meurent tous les possibles.

Il y a chez Michel Clolus un sens affirmé de la verticalité, quelque soit l’œuvre. Même en peinture, elle va de pair avec le sens de la profondeur qui grâce à l’agencement des couleurs et surtout la répartition des noirs parvient à donner l’idée d’un étagement des plans, qui partant du bas de la toile pour le plus proche de nous, s’élève progressivement jusqu’au dernier plan tout en haut de l’œuvre et beaucoup plus en arrière. Pour Clolus la réalité n’entretient aucun rapport avec la nature. Elle est faite d’éléments plastiques, et l’œil voyage dans un labyrinthe de lignes, de rythmes, de contrastes, de surfaces en opposition. Chaque partition possède sa propre énergie, n’existant que par elle-même, et révélant la suivante. Le vocabulaire est simplifié.

Christiane Peugeot a la particularité de créer de toutes pièces les éléments de ses innombrables compositions. La richesse d’images qu’elle propose tend à montrer que le réel ne se donne pas d’emblée, mais dans des apparences toujours nouvelles. Il suffit pour cela de voir comment les bandes de papiers peints se chevauchent donnant l’impression que le monde n’est plus qu’apparence de l’apparence. Il y a ici l’esquisse d’une métaphysique, où l’ultime apparence est encore une apparence. Le fond n’étant jamais atteint, il y a toujours un au-delà possible qui peut aller jusqu’à l’infini. Même le noir final est encore un masque.

Que ce soit de jaune de Sienne ou d’ambre pâle, de rouge brique, de brun olivâtre, ou de lilas, Weyer est passé maître dans le traitement des couleurs. Pour lui, ce qui compte c’est qu’il y a un pouvoir émotionnel de la couleur. Intéressé en priorité par le rapport que l’œil entretient avec la couleur, il a adopté presque instinctivement la position du phénoménologue. Parfois il laisse libre cours à son penchant pour le lyrisme, quand par la répétition fréquente de formes et par la mise en équivalence de couleurs différentes, il finit par créer dans les œuvres des symétries internes qu’il trouve apaisantes. Weyer va jusqu’à la source impalpable des sensations. Ce peintre apporte son corps, entrelacs de vision et de mouvements.

Jacques Weyer, Bogumila Strojna

Jacques Weyer, Bogumila Strojna

Roger Bensasson, Bogumila Strojna

Roger Bensasson, Bogumila Strojna

Mirko Lovric, Bogumila Strojna, Jacques Weyer

Mirko Lovric, Bogumila Strojna, Jacques Weyer

Milija Belic

Milija Belic

Roland Orépük

Roland Orépük

Sato Satoru

Sato Satoru

Jacques Weyer

Jacques Weyer

Roger Bensasson, Milija Belic

Roger Bensasson, Milija Belic

Milija Belic, Mirko Lovric

Milija Belic, Mirko Lovric

Sato Satoru, Michel Clolus, Christiane Peugeot

Sato Satoru, Michel Clolus, Christiane Peugeot

Charles Bézie

Charles Bézie

Joël Besse

Joël Besse

Michel Clolus

Michel Clolus

Mirko Lovric

Mirko Lovric

Charles Bézie, Milija Belic, Joël Besse

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Milija Belic

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Mira Odalovic

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Rédigé par Milija Belic

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Publié le 2 Janvier 2015

À propos de l’exposition CARREMENT

Espace Christiane Peugeot, Paris, 12 - 27 avril 2014

(Belic, Bensasson, Besse, Bézie, Clolus, Lovric, Orépük, Peugeot, Satoru, Strojna, Weyer)

Bien que les manifestations du même genre (expositions, salons, biennales) se multiplient ces derniers temps, une question persiste : l’Art Géométrique est-il mal aimé, ou plutôt mal compris, en France ? Les admirateurs, sensibles à cet art réduit aux figures régulières et aux signes qui ne sont pas étrangers aux esprits mathématiques, ne manquent pas, mais ce public averti reste très minoritaire. Déjà l’Abstraction, en tant que mouvement avant-gardiste le plus radical, a eu du mal à être apprivoisé. Quelques rares artistes qui ont œuvré dans ce sens entre les deux guerres ont tardé à être reconnus et surtout compris. On a dû attendre l’an 2010 pour que le MNAM consacre une rétrospective d’envergure à l’un des pionniers de l’Art Géométrique, Piet Mondrian, qui a pourtant bien développé son art à Paris, sa nouvelle plasticité, avant de partir pour les Etats Unis en 1938.

Il y a aujourd’hui très peu de galeries en France consacrées à l’Art Géométrique, à l’Art Construit, à l’Art Concret : la Galerie Denise René, dont le rôle dans l’intégration de l’Art Géométrique et Cinétique est déjà reconnu historiquement, la Galerie Lahumière, la Galerie Gimpel&Müller, l’espace ParisCONCRET, tous situés à Paris, ou la Galerie Oniris à Rennes. Et bien que les collections des Musées Nationaux possèdent des œuvres de l’Art Géométrique, ces oeuvres ne sont pas présentées de manière à susciter une idée de l’importance de ce mouvement, devenu depuis longtemps une référence historique. De plus, à l’exception de l’Espace de l’Art Concret à Mouans-Sartoux (Donation Albers-Honegger), aucun musée en France, ni aucune institution, n’est consacré entièrement à l’Art Géométrique, comme c’est le cas en Allemagne (Musée d’Art Construit à Ingolstadt, ZKM à Karlsruhe), en Suisse (Museum Haus Konstruktiv à Zürich), en Hollande (Mondriaanhuis – Museum voor Constructieve en Concrete Kunst à Amersfoort), aux Etats Unis (Museum of Geometric and Madi Art à Dallas) ou au Japon (Musée Satoru Sato de Tome), pour ne citer que quelques exemples. Même le Salon des Réalités Nouvelles, au début dominé par l’Art Géométrique, est devenu le Salon de toutes les abstractions (lyrique, tachiste, gestuelle, informelle). Est-ce que la volupté baroque et les délices de la légèreté de l’être - même quand cette légèreté est « profonde » - bien enracinés dans la tradition française, l’emportent toujours sur la rigueur, la sobriété et l’austérité de l’œuvre géométrique? Pourtant, dans le même temps, la nouvelle ère numérique nous a habitués à observer le monde à travers les chiffres et nous a également familiarisés avec la panoplie du virtuel composée principalement de figures géométriques.

Il existe actuellement, chez les adeptes de l’Art Géométrique, en dehors d’un écho lointain de l’enseignement de l’école du Bauhaus, une nouvelle sensibilité, une ouverture d’esprit qui cherche à s’exprimer dans les arts plastiques, l’architecture ou le design, en réunissant aussi bien les pouvoirs émotionnels que les données scientifiques, et en menant inéluctablement vers l’œuvre, tant rêvée, d’un art total. L’art a depuis longtemps dépassé le besoin de représenter les choses. Il crée un univers propre à lui. Les outils géométriques ne sont que les moyens spirituels pour construire ce nouveau monde. L’intelligence des sens ne doit pas nécessairement passer par les mécanismes rationnels. Les objets géométriques ou mathématiques les plus abstraits peuvent devenir la source des émotions esthétiques les plus nobles.

Dans la richesse de la scène artistique en France, il semble que l’Art Géométrique n’ait pas encore la place qu’il mérite. Puisse la présente exposition combler en partie ce manque et offrir un vrai sujet de réflexion.

Milija BELIC

Commissaire de l’exposition « Carrément »

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